Chansons populaires bulgares
Bălgarski narodni pesni
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Accueil } Arnaoudov, Chansons populaires du village de Svogue } Le Prince Marko sur la plaine des Merles
PISMO piche tsaro Soulimana,LE roi Souliman écrit une lettre,
ta go prachta Marko Kralevina,et il mande au Prince Marko
da săbira dessyat ilyad voyska,d’assembler une armée de dix mille,
da gui vodi na Kossovo pole,de les conduire sur la plaine des Merles,
5da se biya s tsara Soulimana.de se battre contre le roi Souliman.
A Marko e toy ougrijen stanal.Et Marko devint soucieux.
Săgleda go konya Chareyana,Son cheval Bigarré l’aperçut,
pa na Marko potio odgovara :et il parla doucement à Marko :
« Fala tebe, Marko tchorbadjio,« Gloire à toi, mon seigneur Marko,
10ta zachto si tolkova ougrijen ?mais pourquoi es-tu si soucieux ?
Dali mislich mene da me biech,Est-ce que tu songes à me rosser,
ili mislich dalek da me pratich,ou songes-tu à me renvoyer au loin,
ili mislich da me preprodavach ? »ou songes-tu à me revendre ? »
A Marko mou potio otgovara :Et Marko lui répond doucement :
15« Fala tebe, konya Chareyana,« Gloire à toi, mon cheval Bigarré,
ya ne mislim da te preprodavam,je ne songe pas à te revendre,
nito mislim dalek da te pratim,ni je ne songe à te renvoyer au loin,
nito mislim tebe da te biem ;ni je ne songe à te rosser ;
snochti mi e pismo doprateno,hier soir une lettre me fut envoyée,
20doprateno ot tsar Soulimana,le roi Souliman m’a mandé
da săbiram dessyat ilyad voyska,d’assembler une armée de dix mille,
da gui vodim na Kossovo pole,de les conduire sur la plaine des Merles,
da se biem s tsara Soulimana.de me battre contre le roi Souliman.
Deg da zimam dessyat ilyad voyska,Où prendrai-je une armée de dix mille,
25kato sam si sirak siromaha,quand je ne suis qu’un pauvre orphelin,
nito imam makya nito bachta,je n’ai ni une mère, ni un père,
nito brata nito mila sestra,ni un frère, ni une chère sœur,
nito libe nito părvna tchelyad,ni une bien-aimée, ni de premiers enfants,
nito para nito polovina ;ni un sou, ni un demi-sou ;
30deg da zimam dessyat ilyad voyska ? »où prendrai-je une armée de dix mille ? »
A konya mou potio odgovara :Et le cheval lui répond doucement :
« Fala tebe, Marko tchorbadjio,« Gloire à toi, mon seigneur Marko,
zachto tche ti dessyat ilyad voyska,que te sert une armée de dix mille,
kato imach konya Chareyana,quand tu as ton cheval Bigarré,
35kato imach sablya diplenitsa,quand tu as ton sabre pliant,
kato beche mnogo na dăljina,quand il était d’une si grande longueur,
na dăljina sto i desset pedi,d’une longueur de cent dix empans,
na chirina do tchetiri pedi,d’une largeur d’environ quatre empans,
pa si ima sedemdesse laka,et qu’il a soixante-dix coudées,
40pa se sviva i ou djep se skriva ? »et qu’il se plie et se cache dans la poche ? »
A Marko mou potio odgovara :Et Marko lui répond doucement :
« Fala tebe, konya Chareyana,« Gloire à toi, mon cheval Bigarré,
ako tize toy dobro napravich,si tu me fais ce bien,
ya tebe tche za bachta da znaem. »je te tiendrai pour mon père. »
45A konya mou potio odgovara :Et le cheval lui répond doucement :
« Potkovi me plotchi okanitsi,« Ferre-moi de fers à cheval d’une ocque,
potkovi me klintsi litrenitsi,ferre-moi de clous à cheval d’une mine,
popregni me trinaesse tchoula,couvre-moi de treize housses,
postegni me trinaysse kolana,ceins-moi de treize sangles,
50da se mătchim, dane bi napravil. »je m’efforcerai, puissé-je bien faire. »
I Marko e tova poslouchalo,Et Marko écouta cela,
potkoval go plotchi okanitsi,il le ferra de fers à cheval d’une ocque,
potkoval go klintsi litrenitsi,il le ferra de clous à cheval d’une mine,
popregna go trinaesse tchoula,il le couvrit de treize housses,
55postegna go trinaysse kolana,il le ceignit de treize sangles,
pa okatchi konya Chareyana.et il monta sur son cheval Bigarré.
A konya mou potio odgovara :Et le cheval lui parla doucement :
« Fala tebe, Marko tchorbadjio,« Gloire à toi, mon seigneur Marko,
kato vărvich niz ravni droumichta,quand tu iras par les plats chemins,
60kato vărvich glassi da ne digach,quand tu iras, n’élève pas ta voix,
no da debach kato matchka za poganets. »mais guette, comme le chat guette le rat. »
I Marko e tova poslouchalo,Et Marko écouta cela,
jivo zdravo niz droumichta vărvi.il alla sain et sauf par les chemins.
Ka nastana goritsa zelena,Quand il parvint dans un bocage vert,
65a Marka e dremka odremalo,Marko fut pris par un léger sommeil,
a Marko si na konya govori :et Marko parla à son cheval :
« Fala tebe, konya Chareyana,« Gloire à toi, mon cheval Bigarré,
ya da stoïch na ednoto mesto,demeure donc en une seule place,
kato dărvo ochte kato kamik,comme un arbre, voire comme une pierre,
70da polegnem malko da podremem. »pour que je me couche, que je dorme un peu. »
A konya mou potio odgovara :Et le cheval lui répond doucement :
« Fala tebe, Marko tchorbadjio,« Gloire à toi, mon seigneur Marko,
nema vreme tize da polegnech,tu n’as pas le temps de te coucher,
ala brăkni ou svilni djepove,mais fouille dans tes poches de soie,
75ta izvadi kamchik troestraka,et sors le fouet à trois courroies,
ta me chibni prez kletoto sărtse,et fouette-moi sur mon pauvre cœur,
da me chibnech tăkmo na tri mesta,fouette-moi exactement à trois endroits,
de me mouhnech sas zlatni mahmouze,pique-moi avec tes éperons d’or,
dane bi se yaze razigralo,puissé-je me mettre à gambader,
80da se setich za mladoto vreme. »que tu te souviennes de notre jeune temps. »
I Marko e tova poslouchalo,Et Marko écouta cela,
ta e brăknal ou svilni djepove,et il fouilla dans ses poches de soie,
ta izvadi kamchik troestraka,et il sortit le fouet à trois courroies,
ta e chibnal konya Chareyana,et il fouetta son cheval Bigarré,
85ta go chibnal tăkmo na tri mesta,et il le fouetta exactement à trois endroits,
i go mouhnal od desnata strana,et il le piqua du côté droit,
leva strana kărvi potekoa.du côté gauche du sang s’écoula.
Razigra se konya Chareyana,Le cheval Bigarré se mit à gambader,
ta premina prez gora zelena,et il traversa la forêt verte,
90ta nastigna kray Kossovo pole.et il arriva près de la plaine des Merles.
Pogledna go onova kraïchte,Il posa son regard sur cette contrée,
ne sa bili dessyat ilyad voyska,ils n’étaient pas une armée de dix mille,
ala bea kolko lista na gorata,ils étaient autant que les feuilles de la forêt,
kolko dzvezdi na neboto,autant que les étoiles au ciel,
95kolko pessok ou moreto,autant que le sable dans la mer,
tolko stoya Tourtsi na poleto.autant de Turcs se tenaient sur la plaine.
A Marko si na konya govori :Et Marko parla à son cheval :
« Begay, konyo, nanazad se vrăchtay !« Cours, mon cheval, retourne en arrière !
Ya pogleday touka chto se vidi,Regarde donc ce qui se montre ici,
100ya kouptchina e mnogo droujina. »c’est un tas d’hommes, une troupe nombreuse. »
A konya mou potio odgovara :Et le cheval lui répond doucement :
« Ya da vlezech ou tsareva voyna,« Pénètre donc dans l’armée du roi,
pa izvadi taya ostra sablya,et sors ce sabre affilé,
pa se vrătni na levata strana,et fais le moulinet du côté gauche,
105ne tche ima na desno da vărtich ;il ne sera pas besoin que tu le fasses à droite ;
po-malko tche tize da gui setchech,tu sabreras moins d’hommes
povetche tche yaze da gui zgazim. »que je n’en piétinerai. »
Marko vlezna ou tsareva voyna,Marko pénétra dans l’armée du roi,
pa e vrătnal taya ostra sablya,et il fit le moulinet avec ce sabre affilé,
110a nemalo na levo da vărti.et il ne fut pas besoin qu’il le fasse à gauche.
Issekal e tsarevata voyna,Il massacra l’armée du roi,
sam ostana tsaro Soulimana.il ne resta que le roi Souliman.
Ya Marko mou potio odgovara :Et Marko lui parla doucement :
« Fala tebe, nepoznat younatche,« Gloire à toi, preux inconnu,
115kato odich po Kossovo pole,puisque tu parcours la plaine des Merles,
da ne znaech tsara Soulimana,ne connais-tu pas le roi Souliman,
cho mi saka dessyat ilyad voyska ?qui veut de moi une armée de dix mille ?
Deg da zimam dessyat ilyad voyska,Où prendrai-je une armée de dix mille,
kato sam si sirak siromaha,quand je ne suis qu’un pauvre orphelin,
120nito imam makya nito bachta,je n’ai ni une mère, ni un père,
nito brata nito mila sestra,ni un frère, ni une chère sœur,
nito jena nito bedna tchelyad,ni une femme, ni de pauvres enfants,
nito para nito polovina ? »ni un sou, ni un demi-sou ? »
A tsara mou potio otgovara :Et le roi lui répond doucement :
125« Fala tebe, Marko Kralevino,« Gloire à toi, Prince Marko,
yazeka sam tsara Soulimana,c’est moi le roi Souliman,
ama mi e nafile voyskata ;mais mon armée a été vaine ;
samo nemoy glava da mi zimach,seulement, ne prends pas ma tête,
arizvam ti polovina tsarstvo,je te fais don de la moitié de mon royaume,
130arizvam ti toy Stambola grada,je te fais don de la cité de Stambol,
toy Stambola (grada) saz devet tcharchii,de la cité de Stambol avec ses neuf marchés,
arizvam ti toy Edrene gradaje te fais don de la cité d’Edrene
sas Soultan Selim djamiya ! »avec sa mosquée de Soultan Selim ! »
A Marko go ritna s tchizma ou koleno,Mais Marko le frappa de sa botte sur le genou,
135ta ouletel devet metra na ouzemi.et le fit voler à neuf mètres sous terre.
Pa se vărna Marko na domove,Et Marko retourna dans ses demeures,
sas srebro mou konya potkovalo,il ferra son cheval avec de l’argent,
saz zlato mou griva pozlatilo,il dora sa crinière avec de l’or,
saz margarit opachka nanizalo,il enfila à sa queue des perles,
140tchista tchoa konya e pokrilo,il couvrit son cheval d’un drap propre,
z bel oriz go zoba nazobilo,pour picotin, il l’agraina avec du riz blanc,
saz vino go voda napoïlo,pour eau, il l’abreuva avec du vin,
bossilyok go rana naranilo.pour nourriture, il le nourrit avec du basilic.
Notes et variantes
2 Prince Marko : « ici il faut souligner que les chansons sur le Prince Marko et sur les autres preux — princes et seigneurs féodaux d’autrefois — surgissent, se chantent et se répandent à l’époque de l’esclavage turc, alors que les coups du tyran et exploiteur étranger s’abattent sur les masses populaires, et rendent misérable la vie du peuple. […] Subissant l’oppression étrangère et luttant pour l’amélioration de son sort, le peuple est enclin à idéaliser tout ce qui est bulgare, l’État bulgare d’autrefois, et jusqu’aux seigneurs féodaux bulgares d’autrefois. […] La figure de Marko absorbe quantité de traits des héros des chansons épiques avant le XIVe siècle, elle éclipse les figures de ses contemporains, elle s’impose à la mémoire populaire pour des siècles entiers. Les grands bouleversements dans la vie des peuples balkaniques dans la deuxième moitié du XIVe siècle aiguisent la conscience historique des masses populaires, ils posent de façon catégorique la question de la lutte contre le joug étranger, ils soulèvent la nécessité d’un appui dans le souvenir de la gloire et du courage d’autrefois, d’une incarnation des aspirations patriotiques dans les portraits héroïques du passé » (Dinekov [1972], pp. 420 ; 454). || 105 ne tche : netche (BAN [1930], № 5). || 116 da ne : dane (BAN [1930], № 5).
Source
BAN [1930], № 5.

Traduction inédite

Mise à jour le 11 août 2007

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