Chansons populaires bulgares
Български народни песни
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ЩО ми са белее,QU’EST-CE qui blanchit,
белее, люлееblanchit et remue
отвъд през бял Дунав —de l’autre côté du Danube blanc —
дали са лебедеseraient-ce des cygnes
5или са снегове,ou seraient-ce des neiges,
дали са ледовеseraient-ce des glaces
или са дъждове ?ou seraient des pluies ?
Да биха лебеде,Si c’étaient des cygnes,
подхвръкнали биха ;ils se seraient envolés ;
10да биха снегове,si c’étaient des neiges,
стопили са биха ;elles se seraient fondues ;
да биха дъждовеsi c’étaient des pluies,
оттекли са бихаelles se seraient écoulées
за два, за три деня,en deux, en trois jours,
15за неделя, за две.en une semaine, en deux.
Не бяха лебеде,Ce n’étaient pas des cygnes,
не бяха снегове,ce n’étaient pas des neiges,
не бяха ледове,ce n’étaient pas des glaces,
не бяха дъждове,ce n’étaient pas des pluies,
20най ми цар кондисал,mais un sultan s’y était installé,
цар с голяма войскаun sultan avec une grande armée
бели еничери.de janissaires blancs.
Распънал чадъриIl avait fait dresser des tentes
бели и червени,blanches et rouges,
25сини и зелени,bleues et vertes,
та седат, та ядат,et ils étaient assis et mangeaient,
та ядат, та пият,et mangeaient et buvaient,
и с кавали свират,et jouaient de la flûte,
и борба са боратet s’exerçaient à la lutte
30и бял камък мятат.et au lancer de pierre blanche.
Едно еничерчеSeul un jeune janissaire
младо и зеленоdans la fleur de l’âge
не яде, не пие,ne mangeait pas, ne buvait pas,
не са борба бориne s’exerçait pas à la lutte
35ни бял камък мята,ni au lancer de pierre blanche,
ни с кавали свири,ni ne jouait de la flûte,
най са царю моли :mais il suppliait le sultan :
« Царю, господарю,« Mon sultan, mon souverain,
испиши ми книгаdonnez-moi un billet de sortie —
40дома да си идаque j’aille à la maison
при моята майкаchez ma mère
и при моят баща ;et chez mon père ;
че моята майкаcar ma mère
сега девет годинdepuis maintenant neuf années
45черни кръпи носи,porte une coiffe noire,
кръпа са додира,sa coiffe s’est entièrement usée,
тя я не опира,elle ne la lave jamais,
мене жив жалее ;elle porte mon deuil, alors que je suis en vie ;
че моите сестриcar mes sœurs
50сега девет годинdepuis maintenant neuf années
бяло цвете сеят,sèment des fleurs blanches,
ала го не носат,mais elles ne les portent jamais,
мене жив жалеят ;elles portent mon deuil, alors que je suis en vie ;
че моите братяcar mes frères
55сега девет годинdepuis maintenant neuf années
се кавали прават,fabriquent toujours des flûtes,
ала с тях не свират,mais ils n’en jouent jamais,
мене жив жалеят. »ils portent mon deuil, alors que je suis en vie. »
Notes et variantes
4 дали : да ли (Каравелов [1886], № 29). || 6 дали : да ли (Каравелов [1886], № 29). || 22 janissaires : « En ce temps, le sultan choisissait beaucoup de jeunes garçons, il les ravissait de force […] et il les enrôlait au nombre des jeunes janissaires turcs. Et ainsi, les chrétiens se livraient aux pleurs et aux soupirs. Premièrement, ils pleuraient la perte de leur royaume, et deuxièmement, celle de leurs enfants chéris. Ah, grande douleur et affliction ! […] Et on enlevait de ces enfants chrétiens jusqu’à douze mille, et parfois jusqu’à vingt mille âgés de 5 à 10 ans […] On les habille tous de vêtements neufs aux frais du sultan, on les tond et on donne à chacun un chapeau jaune […] On les conduit comme du bétail et on les emmène en des lieux où le sultan possède des sérails, c’est-à-dire des palais. Ici on les circoncit. […] Ensuite le sultan ordonne qu’on leur enseigne à l’école tout l’art militaire, le combat et l’art équestre. […] On les force à renier leur foi, à labourer, à semer et à se torturer le plus possible, pour qu’ainsi domptés ils soient modestes, robustes et soumis. […] Le sultan leur prodigue des soins particuliers, il leur accorde toute sorte de bénéfices, il leur permet de manger et de boire à sa table et il leur montre l’amour d’un père envers ses enfants. De leur côté, à cause de cette sienne disposition, ils sont prêts à sacrifier leur vie pour le sultan. […] Et ils sont tellement égarés qu’ils font outrage aux chrétiens — et même à leurs propres parents, leurs propres père et mère, qu’ils tuent plus sauvagement que des Sarrasins. Les janissaires sont des gens sans scrupules, rusés et extrêmement méchants. […] Ces gens n’estiment point l’honneur, car eux-mêmes ne le possèdent pas. […] Semblables à des chiens atteints de la rage, ils nourrissent toujours une haine inapaisable et mortelle envers leurs compatriotes. […] Voilà comment les petits garçons, arrachés de force aux mains de leurs pères et de leurs mères, transformés en une terrible force armée et fanatique, devenaient non seulement un appui de l’autorité ottomane, mais aussi des oppresseurs de leur propre peuple » (Геронтиев [2003], pp. 40-42). || 37 mais il suppliait le sultan : « Certains des janissaires étaient enlevés non dans leur enfance, mais dans leur adolescence ; voilà pourquoi le souvenir de leur famille et de leurs proches ne pâlissait jamais dans leur esprit. Ainsi, dans cette chanson, le janissaire supplie le sultan de lui permettre de revoir sa maison […] Sur le fond de l’allégresse et des divertissements se découpe très nettement la figure esseulée du jeune homme, qui en cette minute s’est souvenu de ses proches et qui languit pour eux. […] Le chanteur populaire a réussi à dessiner la figure du janissaire languissant avec toute sa force intérieure et à exprimer à travers lui l’amour éternel et indéracinable envers les proches, la famille et la patrie. Cet amour ne quitte jamais le cœur même d’un janissaire arraché de la façon la plus brutale à son milieu natal et lié pour toujours par des lois et traditions rigoureuses à l’armée étrangère du tyran turc » (Динеков [1972], pp. 553-554).
Source
Каравелов [1886], № 29.

Traduction inédite

Mise à jour le 7 août 2008

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