Chansons populaires bulgares
Bălgarski narodni pesni
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Accueil } Kepov, Chansons du village de Bobochevo, département de Doupnitsa } Une fille devient soldat
LITCHBA mi e litchela,UNE proclamation fut proclamée,
Banko le, Banko djelepin !ô Banko, ô Banko le marchand !
Sirak Banko po dvor odi,L’orphelin Banko marche dans la cour,
po dvor odi, ratse trochi,il marche dans la cour, il se tord les mains,
5ratse trochi, săzi roni.il se tord les mains, il verse des larmes.
Sogleda go nay-malata,Sa plus petite fille l’aperçut,
nay-malata mila chterka,sa chère fille la plus petite,
mila chterka Radolinkasa chère fille Radolinka,
pa na tatko potiom govori :et elle parla doucement à son père :
10« Lele, tate, mili tate !« Hélas, papa, cher papa !
Zachto, tate, po dvor odich,Pourquoi, papa, marches-tu dans la cour,
po dvor odich, ratse trochich,marches-tu dans la cour, te tords-tu les mains,
ratse trochich, săzi ronich ?te tords-tu les mains, verses-tu des larmes ?
Dali ti se e dodealoEst-ce que tu t’es lassé
15devet chterki tchouvaeki,de tes neuf filles qu’il faut surveiller,
tchouvaeki, dareeki,qu’il faut surveiller, qu’il faut doter,
desseta Rada nay-malata ? »de ta dixième fille, Rada, la plus petite ? »
A bachta i govoreche :Et son père lui parlait :
« Mila chterko Radolinko !« Ma chère fille Radolinka !
20Nito mi se dodealoJe ne me suis point lassé
devet chterki tchouvaeki,de mes neuf filles qu’il faut surveiller,
tchouvaeki, daraeki,qu’il faut surveiller, qu’il faut doter,
desseta tize nay-mladata,de ma dixième fille, de toi, la plus petite,
toukou mi e drouga jalba :mais ma peine est tout autre :
25ftchera sam na pazar ichel,hier je suis allé au marché,
na nof pazar, na Dolyana.au nouveau marché, à Dolyana.
Tamo e telyarin litchel :Là-bas un crieur proclamait :
Koy ima sina, koy nema,“Quiconque a un fils,
koy sina, koy mila brataquiconque un fils, quiconque un cher frère —
30seki na voyna da ide,qu’il l’envoie dans l’armée,
a koy nema, sam da ide”.et quiconque n’en a pas, qu’il y aille lui-même.”
A yazeka, mila chterko,Et moi, ma chère fille,
kato nemam nito sina,comme je n’ai ni fils,
nito sina, nito brata,ni fils, ni frère,
35toukou imam devet chterki,j’ai seulement neuf filles,
desseta tize nay-malatala dixième, toi, la plus petite —
saka yaze sam da ida.il veut que j’y aille moi-même.
Lele, tate, mili tate !— Hélas, papa, cher papa !
Zachto tize sam da idech ?Pourquoi y aller toi-même ?
40Yaze, tate, voynik tch’ idaMoi, papa, j’irai dans l’armée
sos tchitchini mi dva sina.avec les deux fils de mon oncle.
Otvedi me na nof pazar,Emmène-moi au nouveau marché,
na nof pazar, na Dolyana,au nouveau marché, à Dolyana,
pri berberin, pri pobratim ;chez le barbier, chez le confrère ;
45obritchi mi roussa kossa,rase mes cheveux blonds,
ostavi mi roussi pertchik,laisse-moi une houppe blonde,
koupi mi rou’o delisko,achète-moi un habit de preux,
koupi mi kalpak spaïski,achète-moi un bonnet de cavalier,
koupi mi konya gaytana,achète-moi un cheval orné,
50koupi mi sablya tankana,achète-moi un sabre fin,
koupi mi pouchka ognyana ! »achète-moi un fusil de feu ! »
Bachta i ya poslouchal i vsitchko tova bilo izvărcheno, sled koeto :
Son père l’écouta et tout cela fut fait, après quoi :
Pa si stana, pa si krenaEt elle se leva, et elle partit
s tchitchini si dva sinaavec les deux fils de son oncle
da ide voynik da bide.pour aller devenir soldat.
55Sloujila e devet godin,Elle servit durant neuf années,
pokara leto desseto.elle entama le dixième été.
Kouga bilo pred Veliden,Quand on fut à la veille de Pâques,
fleznala si ou oborye.elle entra dans les étables.
Kon timari, pesna poe :Elle pansait son cheval, elle chantait une chanson :
60« Mili momi, mili drouchki !« Chères filles, chères compagnes !
Kato ide den Veliden,Puisque le jour de Pâques s’en vient,
poete le velidenski,chantez-vous des chansons de Pâques,
igrate le lazaritchki ? »dansez-vous des danses de la St-Lazare ? »
Dotchoula ya tsaritsata,La reine l’entendit au loin,
65tsaritsata ot sarayo,la reine dans le sérail,
pa na tsaro si govori :et elle parla au roi :
« E tizeka, tchestit tsaro !« Eh ! toi, heureux roi !
Moma imach ou voynata,Tu as une jeune fille dans ton armée,
kon timari, pesna poe :elle panse son cheval, elle chante une chanson :
70Mili momi, moï drouchki !“Mes chères filles, mes compagnes !
Kato ide den Veliden,Puisque le jour de Pâques s’en vient,
poete le velidenski,chantez-vous des chansons de Pâques,
igrate le lazaritchki ?”dansez-vous des danses de la St-Lazare ?”
Ka da ya poznaem ? », tsaro pracha.— Comment la reconnaître ? », demanda le roi.
75A tsaritsata mou douma :Et la reine lui parla :
« Otvedi gui ou gradina :« Emmène-les dans le jardin :
koe si e mala moma,celle qui est une jeune fille,
tsveke tche nabere,elle cueillera une fleur,
tche go zate na glavata ;elle l’ajustera dans ses cheveux ;
80a chto si e vreden younak,et celui qui est un jeune homme habile,
tche otkine klon ot dărvo. »il détachera une branche d’arbre. »
Otveli gui ou gradina.Ils les emmenèrent dans le jardin.
Ne nabrala rosna kitka,Elle ne cueillit pas un bouquet de rosée,
otkinala klon ot dărvo.elle détacha une branche d’arbre.
85Ne mojli da ya poznayat.Ils ne purent la reconnaître.
Togay si tsaritsa douma :Alors la reine parla :
« Ay da gui raspouchtime« Çà, congédions-les,
seki po doma da s’ ide. »que chacun aille chez soi. »
Poslouchal ya tchestit tsaroL’heureux roi l’écouta —
90raspouchtil gui doma da si idat.il les congédia pour qu’ils aillent chez eux.
Chtom stignala v dom pri makyaAussitôt qu’elle arriva chez elle, chez sa mère,
i na makya si e prodoumala :elle se mit à parler à sa mère :
« Lele, male, mila mamo !« Hélas, maman, chère maman !
Mene mi se nogou spie,J’ai grand sommeil,
95tche si legna da si prespa. »je me coucherai pour dormir. »
Pa legnala, ta zaspala.Et elle se coucha, et elle s’endormit.
Togay zel ya tsarski tchovekAlors un homme du roi l’enleva
ta ya otnel v Stambol grada.et il l’emmena dans la cité de Stambol.
Tamo se e Rada razboudila,Là-bas Rada se réveilla,
100razboudila se e, prodoumala :elle se réveilla, elle se mit à parler :
« Lele, male, mila mamo !« Hélas, maman, chère maman !
Kakvo nachi petli poyatCe que nos coqs chantent
kato v Stambol paounyeto ! »comme les paons de Stambol ! »
Notes et variantes
73 des danses de la St-Lazare : « Le lazarouvane (rite que les jeunes filles accomplissent pour la fête de St-Lazare) fait partie du complexe de rites printaniers des jeunes filles qui sont accomplis pendant le carême et qui se terminent à Pâques. Il en représente le point culminant du point de vue artistique et festif, et aussi du point de vue de sa signification, de son contenu, de sa forme, de ses chants et de ses danses dans le contexte de la communauté villageoise patriarcale. Ce rite remodèle les rites extatiques et énergétiques féminins qui comportent des prédictions koumitchene et ladouvane datant de l’époque patriarcale préchrétienne. Le lazarouvane est l’aboutissement d’une très forte focalisation de rites féminins “d’éveil”, d’initiation et de transformation, sur lesquels se développent des rituels d’accompagnement et de lamentation ; par exemple, l’“enterrement de Lazare”, le “départ de Lazare”, la “mise à mort de Lazare” : des jeux contenant le mythe de la divinité mourante et naissante. Le rite traite également du thème du mariage hiérogamique, l’union sacrée d’un héros avec une déesse, et ce mythe est l’un des plus importants du complexe mythologique des Thraces. On peut le voir représenté sur des récipients d’or et d’argent datant de cette époque » (Ilieva [2001], p. 234). || 90 raspouchtil : raoupouchtil (BAN [1936], p. 210).
Source
BAN [1936], pp. 209-210.

Traduction inédite

Mise à jour le 2 mars 2008

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