Chansons populaires bulgares
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Accueil } Frères Miladinov, Chansons populaires bulgares } La fille Todora
POSTIGNALA mlada Momiritsa,LA jeune Momiritsa enfanta,
postignala do devet momitchki,elle enfanta neuf petites filles,
na desseto techka ostanala.elle se trouva enceinte d’un dixième enfant.
Toga zborvit Momir-beg voyvoda :Alors le commandant Momir-bey parla :
5« A nevesto mlada Momiritse !« Ô jeune épouse, ô jeune Momiritsa !
Ako stignich desseto momitchka,Si tu enfantes une dixième petite fille,
ke ti istam nodze ot kolena,je t’arracherai les jambes des genoux,
ke ti istam rătse ot ramena,je t’arracherai les bras des épaules,
ke ti otvărtam otchi ot globo’i,je te dévisserai les yeux des orbites,
10ke t’ osta’am mlada temnitcharka,je te laisserai jeune aveugle,
ke t’ osta’am mlada oulogarka ! »je te laisserai jeune infirme ! »
Koga doyde vreme da postignit,Lorsque vint le temps d’enfanter,
si ya zede nay-mala Todora,elle prit sa plus petite fille Todora,
si otide vo gora zelena,elle s’en alla dans la forêt verte,
15mi sednale pod zeleni ya’or ;elles s’assirent sous un sycomore vert ;
si postigna mlada Momiritsa ;la jeune Momiritsa enfanta ;
ne mi beche desseto momitche,ce n’était pas une dixième petite fille,
toukou beche edno măchko dete.mais c’était un enfant mâle.
Si go zavi vo koumach pelena,Elle l’enveloppa d’une lange de tissu,
20si go povi so sărmeni povoy.elle l’emmaillota d’un maillot à fils d’or.
Dete platchit, dour liskya se ronet.L’enfant pleure tellement que les feuilles s’égrènent.
Se raspouli mlada Momiritsa,La jeune Momiritsa regarda alentour,
dogledala ogan na planina,elle aperçut un feu sur la montagne,
si ya pouchti Todora maletchka,elle envoya la toute petite Todora,
25ye donesse ogan ot planina.qui lui rapporta du feu de la montagne.
Razvalile silnine ogne’i,Elles allumèrent de grands feux,
izgreale dete maletchko’o.elles réchauffèrent le tout petit enfant.
Mi zaspala mlada Momiritsa.La jeune Momiritsa s’endormit.
Si doydo’e do tri narătchnitsi ;Les trois Parques arrivèrent ;
30a Todora otchi ne zatvorat,or Todora ne ferme pas les yeux,
gle’at, slouchat do tri narătchnitsi.elle observe, elle écoute les trois Parques.
Părva velit : « Ay da go zemime. »La première dit : « Çà, prenons-le. »
Vtora velit : « Da go ne zemame,La seconde dit : « Ne le prenons pas,
douri da se dete storit,jusqu’à ce que l’enfant atteigne,
35dete storit do sedoum godini. »l’enfant atteigne l’âge de sept ans. »
Trekya velit : « Neka rastit dete,La troisième dit : « Que l’enfant grandisse,
da se storit younak za jenenye,qu’il devienne un jeune homme à marier,
ke mou svărchet ’ouba’a ne’esta,ils le fianceront à une belle jeune fille,
ke mou svărchet i ke ya zemeet ;ils le fianceront et ils la prendront ;
40ko ke odet v tsărkov na ventchanye,quand ils iront à l’église pour le mariage,
toga younak da si go zemime. »alors nous prendrons le jeune homme. »
Narătcha’e i si pobegna’e.Elles le destinèrent et elles s’enfuirent.
Rastlo dete i mi ye porastlo,L’enfant grandit et il devint grand,
rastlo dete, dour’ se stori younak,l’enfant grandit jusqu’à ce qu’il devînt un jeune homme,
45se storilo younak za jenenye ;jusqu’à ce qu’il devînt un jeune homme à marier ;
mi posvărchi ’ouba’a ne’esta ;il fiança une belle jeune fille ;
dochla ko’a, za da ye zemeet.vint le temps de la prendre.
Toga zborvit Todora maletchka :Alors la toute petite Todora parla :
« Ay ti tebe, moya mila mayko !« Ô toi, ma chère mère !
50Ne pra’i go brata zetachtina,Ne fais pas de mon frère un gendre,
dour’ da zemime ’ouba’a ne’esta ;jusqu’à ce que nous prenions la belle jeune fille ;
zachto koga dete si postigna,car lorsque tu enfantas l’enfant,
narătcha’e do tri narătchnitsi.les trois Parques le destinèrent.
Părva retche : “Ay da go zemime.”La première dit : “Çà, prenons-le.”
55Vtora retche : “Da go ostayme,La seconde dit : “Laissons-le,
da se storit do sedoum godini.”pour qu’il atteigne l’âge de sept ans.”
Trekya velit : “Neka rastit younak,La troisième dit : “Que l’enfant grandisse,
da se storit younak za jenenye ;qu’il devienne un jeune homme à marier,
ko ke svărchet ’ouba’a ne’esta,quand ils le fianceront à une belle jeune fille,
60ko ke svărchet i ke ya zemeet,quand ils le fianceront et qu’ils la prendront,
ko ke odet v tsărkov na ventchanye,quand ils iront à l’église pour le mariage,
toga younak da si go zemime.” »alors nous prendrons le jeune homme.” »
Si otide nay-mala Todora,La plus petite Todora alla,
si otklyoutchi charena kovtchega,elle ouvrit à clef le coffre bigarré,
65si izva’i roubo zetachtinsko,elle sortit l’habit du gendre,
se promena nay-mala Todora,la plus petite Todora s’en vêtit,
se napra’i mlada zetachtinaelle contrefit le jeune gendre
i si zede kiteni svato’i,et elle prit des paranymphes parés,
si otide po ’ouba’ ne’esta.elle alla chercher la belle jeune fille.
70Otido’e i si ya zedo’e,Ils allèrent et ils la prirent,
si ’oydo’e tsărkov na ventchanye.ils se rendirent à l’église pour le mariage.
Zadale se silnine vetro’i,De forts vents apparurent,
zadale se măgli i pra’o’i,des brouillards et de la poussière apparurent,
po nim idet silni vioulitsi,à leur suite vinrent de fortes rafales,
75go krenale mlada zetachtina,elles soulevèrent le jeune gendre,
ye krenale nay-mala Todora,elles soulevèrent la plus petite Todora,
ye krena’e douri pod oblatsi ;elles la soulevèrent jusque sous les nuages ;
ne se vide veke chto se stori.personne ne vit plus ce qui se passa.
Za brata si sestra se zagoubi,Pour son frère, la sœur se perdit,
80kourtoulissa svoyot mili bratets,elle sauva son cher petit frère,
chto mi beche eden sin ou mayka.qui était fils unique de sa mère.
Ak’ zaguina nay-mala Todora,Si la plus petite Todora périt,
ne zaguina mlada zetachtina,le jeune gendre ne périt pas,
se kerdossa neydzin mili bratets,son cher petit frère se maria,
85se kerdossa s ’ouba’a ne’esta.il se maria avec la belle jeune fille.
Koy ke tchouet, ’se pamet da imat !Qui entendra, ait toujours le souvenir !
Notes et variantes
9 ti : ty (Miladinovtsi [1861], № 17), t’ (Miladinovi [1961], № 17). || 29 Parques : « La croyance populaire les représente extérieurement comme de jeunes filles ou des femmes : elles sont au nombre de trois […]. Elles sont trois sœurs et elles vivent éternellement. Leur demeure est au bout du monde. Elles ne viennent chez nous que lors de la naissance d’un enfant. […] Quand elles viennent chez l’enfant, toutes les trois se placent auprès de la tête de l’enfant […]. D’abord la plus jeune destine, ensuite la seconde, et enfin la plus vieille. Soit que celle-ci acceptera la destinée des deux autres, soit qu’elle dira une chose toute différente. C’est la destinée de la plus vieille qui l’emporte et qui est inscrite […] sur la tête de l’enfant, sur le crâne. L’inscription ne peut être changée en rien et par personne. […] Les lettres des Parques peuvent être vues sur le crâne, […] mais personne ne peut les reconnaître, ne peut les lire » (Marinov [2003a], pp. 253-254). || 72-74 forts vents… fortes rafales : « Ces phénomènes météorologiques ne sont autres que les Destinées elles-mêmes » (Dozon [1875], p. 332). || 78 vide : boude (Miladinovtsi [1861], № 17), boude (Miladinovi [1961], № 17), vide (Petrouchevski [1952], p. 239). || 86 Qui entendra ait toujours le souvenir : « L’idée épique de la chanson, donnée à entendre à la fin, est d’exalter la jeune fille, qui se voue à la mort pour sauver son frère, “fils unique de sa mère”. Cette idée est aussi reliée au vœu du chanteur, lyriquement ému, que le souvenir du dévouement de la jeune fille demeure à jamais. La leçon à tirer de l’exemple est expressément soulignée » (Arnaoudov [1961], p. 642).
Source
Miladinovi [1961], № 17.

Traduction inédite

Mise à jour le 9 janvier 2008

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