Chansons populaires bulgares
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Accueil } Frères Miladinov, Chansons populaires bulgares } Yana métamorphosée en coucou
CHTO beleï, chto leleïQU’EST-CE qui blanchit, qu’est-ce qui remue
na vărh bela Belachitsa ?au sommet de la blanche Belachitsa ?
Dali mi se sospi snegui,Est-ce des amas de neige,
eli set beli lebede ? —ou est-ce des cygnes blancs ? —
5Ne set beli sospi snegui,Ce ne sont pas des amas de neige blanche,
ne set beli lebede,ce ne sont pas des cygnes blancs,
touk’ ye bil eden bel tchadir,mais c’était une tente blanche,
pod tchadiro mladi Stoyan,sous la tente le jeune Stoyan,
mladi Stoyan bolen leji,le jeune Stoyan gisait malade,
10na sestra mou govoreche :il parlait à sa sœur :
« Mori sestro, bela Yano !« Or çà, ma sœur, ma blanche Yana !
Poydi, Yano, mi donessiVa, Yana, m’apporter
ot bel Dounav stoudna voda ! »de l’eau fraîche du Danube blanc ! »
Yana bratou govoreche :Yana parlait à son frère :
15« Varay, brate, mladi Stoyan !« Écoute, mon frère, mon jeune Stoyan !
Yaze păta ne si znayam,Moi, je ne connais pas le chemin
da si poydam na bel Dounav,pour aller au Danube blanc,
i da poydam, i da doydam. »pour aller et pour revenir. »
Stoyan vele i govore :Stoyan parla et dit :
20« Mori sestro, jalna Yano !« Or çà, ma sœur, ma triste Yana !
Pressetchi si malo părsteCoupe-toi le petit doigt
da protetchat tsărni kărvi ;pour que s’écoule du sang noir ;
ka ke vărvich niz gorata,quand tu marcheras à travers la forêt,
belejouvay dărvo, kamen ;marque les arbres et les pierres ;
25ka ke po’ich na bel Dounav,quand tu iras au Danube blanc,
da naleïch stoudna vodaverse de l’eau fraîche
i pak nazad da se vărnich ;et reviens en arrière ;
po belechki păt ke naydich. »grâce aux marques tu retrouveras ton chemin. »
Yana brata poslouchala,Yana écouta son frère,
30pressekla ye malo părste,elle coupa son petit doigt,
kinissala niz gorata,elle se mit en route à travers la forêt,
dărvo, kamen belejila,elle marqua les arbres et les pierres,
na bel Dounav otidela,elle alla au Danube blanc,
stoudna voda nalealaelle versa de l’eau fraîche
35i pak nazad se vărnala.et elle retourna en arrière.
Neli Yano, jalna Yano !Mais ma Yana, ma triste Yana !
Nel zarossi sitna rossa,Mais une fine rosée se répandit,
ta si izmi belechkite,et elle lava tes marques,
belechkite tsărni kărvi,tes marques, ton sang noir,
40chto beleji dărvo, kamen.dont tu avais marqué les arbres et les pierres.
Neli Yana, jalna Yana !Mais ma Yana, ma triste Yana !
Neli păta si zabărka,Mais tu te trompas de chemin,
ta zaskita niz gorata.et tu te mis à errer à travers la forêt.
Tri dni hodi, tri dni cheta,Trois jours elle marcha, trois jours elle erra,
45nikak dira ne se nayde,elle ne retrouva point de trace
da si poydi pri brata si,pour revenir auprès de son frère,
pri brata si bolen Stoyan.auprès de son frère malade Stoyan.
Togay Yana, jalna YanaAlors Yana, la triste Yana,
jalno Boga pomolila :implora Dieu tristement :
50« Varay, Boje, mili Boje !« Écoute, mon Dieu, mon cher Dieu !
Tchin’ me, Boje, malko pile,Fais de moi, mon Dieu, un petit oiseau,
sino pile koukavitsa,un oiseau bleu, un coucou,
da si letam po boukite,pour que je vole sur les hêtres,
da si bărkam moya brata,pour que je cherche mon frère,
55moya brata bolen Stoyan ! »mon frère malade Stoyan ! »
I Gospod mi ya posloucha,Et le Seigneur l’écouta,
ta ya tchini sino pile,et Il fit d’elle un oiseau bleu,
sino pile koukavitsa,un oiseau bleu, un coucou,
chto si koukat i deneska.qui coucoule encore aujourd’hui.
Notes et variantes
1 beleï : beley (Miladinovi [1961], № 19), beleï (Miladinovtsi [1861], № 19). || leleï : leley (Miladinovi [1961], № 19), leleï (Miladinovtsi [1861], № 19). || 59 qui coucoule encore aujourd’hui : « L’affection entre frère et sœur, leur promptitude à se sacrifier l’un pour l’autre, sont des thèmes assez répandus. Leurs variations sont très différentes, puisqu’au sujet initial s’additionnent tantôt des éléments historiques, tantôt des éléments légendaires et mythiques. Une constante dans tout ceci : la qualité de l’émotion. Dans Qui donc blanchit […], la sœur du “jeune Stoyan” se montre tout de suite prête à se couper le petit doigt “pour qu’il en coule du sang noir”. À l’aide de ces gouttes de sang, elle espère retrouver le chemin à travers bois, en allant chercher de l’eau pour son frère malade. Le sacrifice en soi ne pose pas de dilemme. Vers le milieu du poème, là ou Yana, s’étant aperçue que la rosée a lavé les traces de sang, prie Dieu de faire d’elle un oiseau, afin qu’elle puisse survoler la forêt et retrouver Stoyan, le poète dit bien — “alors Yana, la triste Yana…” mais c’est là plutôt une façon de parler. La véritable émotion reste de nouveau contenue, repoussée jusqu’au dernier moment, jusqu’au tout dernier vers, où elle perce dans le cri du coucou se perpétuant à travers les saisons » (Velmans [1962], p. 174).
Source
Miladinovi [1961], № 19.

Traduction inédite

Mise à jour le 9 janvier 2008

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