Chansons populaires bulgares
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CHTO ye nastan nastanaloQUEL prodige eut lieu
vo grada Troema ?dans la cité de Troem ?
Troemski hristyani oni bezvernitsi,Les chrétiens de Troem sont des infidèles,
ne verouvat vistinski Gospodails ne croient pas au véritable Seigneur,
5Issoussa Hristossa ;à Jésus Christ ;
oni verouvat zlato i strebro,ils croient à l’or et à l’argent,
ot zlato i ot strebro Gospod pravat,de l’or et de l’argent ils font un Seigneur,
na nim timi imat,c’est pour eux qu’ils ont de la vénération,
maletchok na golem timie si nemat ;leurs petits n’ont pas de vénération pour les grands ;
10svetets na godina oni ne sloujouvat,ils ne célèbrent pas leurs saints dans l’année ;
temen, sveki oni ne si palyat ;ils ne brûlent pas de l’encens, des cierges ;
ot Boga da naydat troemski hristyani !que Dieu confonde les chrétiens de Troem !
Chto se tchoudo outchinilo, brate,Quelle merveille se produisit, mon frère,
vo grada Troema,dans la cité de Troem,
15chto imache sedoumdesset tchechmi,qui possédait soixante-dix fontaines,
chto tetche’a stoudna voda ;qui laissaient couler de l’eau fraîche ;
Gospod tchoudba im dade,le Seigneur leur accorda un miracle,
vodata im pressouchi ;il assécha leur eau ;
chto se milouvale Gospod gui darouval,le Seigneur leur donna ce qu’ils chérissaient,
20protetche’a sedoumdesset tchechmiles soixante-dix fontaines laissèrent couler
zlato i strebro ;de l’or et de l’argent ;
ouchte tolkou oni takam douzdissa’a,ils préparèrent encore autant de parures
i na sebe i na konye,pour eux-mêmes et pour leur chevaux,
chto im sărtse sakache.autant que le cœur leur en disait.
25Harno oni mi se premeni’aBellement ils se parèrent
salt ou zlato i ou strebro,seulement d’or et d’argent,
ela voda nemat da si piat ;mais ils n’ont pas d’eau à boire ;
za voda si tărpat tri nedeli vreme ;ils endurent la soif trois semaines de temps ;
ot Boga da naydat ! a ne verouvatque Dieu les confonde ! ils ne croient pas
30vistinski Gospoda Issoussa Hristossa.au véritable Seigneur, à Jésus Christ.
Gospod pak mou ye greh padnalo,De nouveau le Seigneur eut pitié,
pak voda im dade ;de nouveau il leur donna de l’eau ;
neli se otvori vo Troema gradaalors s’ouvrit aux abords de la cité de Troem
edno blato chiroko, ezero dolboko,un large étang, un lac profond,
35ot Troema grada tri sahata mesto.à trois heures de distance de la cité de Troem.
Na vodata Gospod stopan kladeSur le lac le Seigneur mit comme gardien
soura Lamya mărchoedna ;une Lamie charogneuse et grise ;
na stopanot setche’a taïn da davatils résolurent de donner comme ration au gardien
na den po edna malka moma.une jeune fille par jour.
40Kaïl se tchini’a troemski hristyani ;Les chrétiens de Troem se mirent d’accord ;
taïn mi si davat na denils donnent chaque jour comme ration
po edna moma, voda mi si leat.une jeune fille pour puiser de l’eau.
Se redi’a oni tri godini vreme ;Ils passèrent à tour de rôle trois années de temps ;
kak stapna’a tchetverta godina,quand ils entrèrent dans la quatrième année,
45doredi’a se site na red.tous étaient passés à leur tour.
Doyde redot i na tsarotVint aussi le tour du roi
taïn da si dade, voda da naleït.de donner une ration pour puiser de l’eau.
A chto imache tsarot edna kerkaOr le roi avait une fille
kaymetlia, metemia,précieuse, svelte,
50taïn si ya pouchti na blato chiroko,il l’envoya au large étang comme ration
na taya soura Lamia.à cette Lamie grise.
Ela ona, brate, verouvacheMais la fille, mon frère, elle croyait
Gospoda Issoussa Hristossa,au Seigneur, à Jésus Christ :
temen, sveki ona na skrichno paleche,elle brûlait en cachette de l’encens, des bougies,
55metanii bieche i se kărsteche ;elle faisait de nombreuses génuflexions et se signait ;
neli mi si poyde na blato chiroko,alors elle se rendit au large étang,
pokray ezero dolbokoau bord du lac profond
ot outro v nedelya.dès le matin de dimanche.
Tam deka se cheta i săldzi si roni,Là-bas elle marche et elle verse des larmes,
60tchekaeki Lamia da izleze,attendant que la Lamie sorte
taïn da si ya goltne ;et la dévore comme ration ;
toga se zdadela neznaena deliaalors un preux inconnu apparut au-devant,
so siva iditsa, litchen sveti Gueorgui ;l’illustre saint Georges, monté sur une jument ;
doyde si kray blato pri nea,il vint au bord de l’étang devers la jeune fille,
65da si ya raspita chto ye dochlapour la questionner pourquoi elle était venue
na blato chiroko ot outro v nedelya.au large étang dès le matin de dimanche.
A ona mou vele i mou govore :Et elle lui parla et lui dit :
« Nel’ me pitach, ke ti kajam ;« Puisque tu me questionnes, je te répondrai :
ot Boga da nayde moyotque Dieu confonde mon
70star baboyko, troemskiot tsar !vieux père, le roi de Troem !
On ye kadar, brate,Il est capable, ô frère,
i sos pari drouga da kouped’acheter une autre avec son argent
taïn da si pouchte, i zorbalok da tchinitpour l’envoyer comme ration, ou de recourir à la force
taïn da ne dade ;pour ne pas donner de ration ;
75a ela neli ne verouvamais puisqu’il ne croit pas
vistinski Gospoda,au véritable Seigneur,
yaze si verouvam Issoussa Hristossa,et que moi je crois à Jésus Christ,
mene taïn me pouchtiil m’envoya comme ration
na sourata Lamia,à la Lamie grise,
80mene da me găltne, taïn ke ye bidam,pour qu’elle me dévore, pour que je sois sa ration,
voda da naleat troemski hristyani.pour que les chrétiens de Troem puisent de l’eau.
Nemi pokray meneNe reste pas auprès de moi
i tebe da n’ te goltne. »de peur qu’elle ne te dévore aussi. »
Toga taya litchna deliaAlors cet illustre preux
85sleze ot siva iditsa,descendit de sa jument grise,
mazdrak si oudri na zemya,il ficha sa lance dans le sol,
vărza konya za mazdrak ;il attacha son cheval à la lance,
ta ye vele na devoyka :et il dit à la jeune fille :
« El’ da ti polegnam na skoutot,« Viens que je me couche dans ton giron,
90ti da me pochtich vo glavata moya ;toi, tu m’épouilleras la tête ;
koga ke izleze sourata Lamialorsque la Lamie grise émergera,
na mene da kajich. »dis-le-moi. »
Legna i pozaspa.Il se coucha et s’endormit.
I slăntseto blăsna, ezero si yatche,Et le soleil resplendit, le lac résonna sourdement,
95Lamya ke izleze, taïn da pogoltne.la Lamie sortit pour dévorer sa ration.
Kak vide sourata LamiaQuand la Lamie grise vit
malkata devoykala jeune fille
i litchna delia, i siva iditsa,et l’illustre preux, et la jument grise,
toga vele sourata Lamia :alors la Lamie grise dit :
100« Spolay ti, Boje, na tebe !« Merci à toi, mon Dieu !
Tri godini vremeTrois années de temps
po edna malka moma,une seule jeune fille,
na den eden taïn ;une seule ration par jour ;
sega tchetvorta godina tri taïna. »à présent, à la quatrième année, trois rations. »
105Neli fati malka devoykaAlors la jeune fille se mit
soldze da rone,à verser des larmes,
neli padna edna jechka soldzaalors une larme brûlante tomba
na litchen sveti Gueorgui,sur l’illustre saint Georges ;
se razboudi i na nodze se nayde,il se réveilla et sauta sur ses pieds,
110na idits se katchi,il monta sur son cheval,
ta zede mazdrak v desna răka,et il prit la lance dans sa main droite,
se pouchti po Lamia,il s’élança vers la Lamie,
ta ye vele i govore :et il lui parla et lui dit :
« Dossega ti, Lamio, taïn momi yade,« Jusqu’à présent, Lamie, tu as mangé des filles comme ration,
115sega taïn tebe măzdrak ke ti bidit. »à présent ta ration sera ma lance. »
Neli zina taya soura LamiaAlors cette Lamie grise ouvrit grand sa gueule
da go pogoltne ;pour le dévorer ;
ga obode vo kleto gărlo,il transperça sa misérable gorge,
ta vikna na taya malka devoyka :et il s’écria à la jeune fille :
120« Ela mi otvărzi zounga ot tozloukot,« Viens détacher les lacets de mes guêtres,
ta vărzi kleta Lamia ;et attache la misérable Lamie ;
zavodi ya ti, yaze ke ya teram,toi, mène-la, moi, je la pousserai,
ke ya nossime vo grada Troemanous allons l’apporter dans la cité de Troem
jiva na tsarskite konatsi. »vivante devant les palais du roi. »
125Ka ya vide tsarot kerka mou, vele :Quand le roi aperçut sa fille, il lui dit :
« I ti oudissa so maguebsnik Gueorgui,« Tu t’es acoquinée avec le sorcier Georges,
s maguii fatifte sourata Lamia,vous avez attrapé la Lamie grise par des sortilèges
da lăjite insanot. »pour tromper les gens. »
Toga ya ritna litchen sveti GueorguiAlors l’illustre saint Georges donna un coup
130na desnata noga so tchizmatade botte de son pied droit
na soura Lamia po kleto sărtse.sur le misérable cœur de la Lamie.
Neli izbălyva trista i che’esset momi,Alors elle vomit les trois cent soixante jeunes filles
chto ’i pogoltnala na taya godina,qu’elle avait dévorées cette année-là,
site jivi se fati’a na drobnotoutes vivantes elles se mirent
135horo da igraet.à danser une fine ronde.
Pa povtoro ga poritna,Il lui donna un deuxième coup de pied,
neli izbălyva trista i che’esset,alors elle vomit trois cent soixante autres,
tou oumreni, tou jivi.certaines mortes, certaines vivantes.
Treti păt ya ritna,Il lui donna un troisième coup de pied,
140ta pak izbălyva tristaet elle vomit encore trois cent
i che’esset, ’se oumreni.soixante, toutes mortes.
Toga vele sveti Gueorgui :Alors saint Georges dit :
« Ayde, tsarou, sega ke verouvach« Allons, ô roi, croiras-tu maintenant
na vistinska Gospoda ?au véritable Seigneur ?
145Eli ka’ ogladne taa soura LamiaOu quand cette Lamie grise aura faim
da ya pouchta da te pogoltnela laisserai-je te dévorer
so site konatsi. »avec tous tes palais. »
Toga tsarot zaverouvaAlors le roi se mit à croire
so ’site troemski hristyani.avec tous les chrétiens de Troem.
150Se kărstiha na Issoussa Hristossa.Ils se signèrent devant Jésus Christ.
Otvorite mou dade ot Troema gradaIl donna les clefs de la cité de Troem
na litchen sveti Gueorgui,à l’illustre saint Georges,
ta izleze, procheta niz Troema gradaet celui-ci s’achemina à travers la cité de Troem
po svite tchechmipar toutes les fontaines
155i oudri sos măzdrakot,et il les frappa de sa lance,
protetcha’a stoudna vodaelles laissèrent couler de l’eau fraîche
site sedoumdesset tchechmi,toutes les soixante-dix fontaines,
da si piet troemski hristyani,pour que les chrétiens de Troem boivent,
na Hristos da vervat.pour qu’ils croient au Christ.
Notes et variantes
8 na : ni (Miladinovtsi [1861], № 31), ni (Miladinovi [1961], № 31). || 9 timie : timiye (Miladinovi [1961], № 31), timie (Miladinovtsi [1861], № 31). || 37 mărchoedna : mărchoyedna (Miladinovi [1961], № 31), mărchoedna (Miladinovtsi [1861], № 31). || 54 temen : emen (Miladinovtsi [1861], № 31), emen (Miladinovi [1961], № 31). || 59 săldzi : soldzi (Miladinovi [1961], № 31), săldzi (Miladinovtsi [1861], № 31). || 63 saint Georges : « Georges était originaire de Cappadoce, et servait dans l’armée romaine, avec le grade de tribun. Le hasard d’un voyage le conduisit un jour dans les environs d’une ville de la province de Libye, nommée Silène. Or, dans un vaste étang voisin de cette ville habitait un dragon effroyable qui, maintes fois, avait mis en fuite la foule armée contre lui, et qui, s’approchant parfois des murs de la ville, empoisonnait de son souffle tous ceux qui se trouvaient à sa portée. Pour apaiser la fureur de ce monstre et pour l’empêcher d’anéantir la ville tout entière, les habitants s’étaient mis d’abord à lui offrir, tous les jours, deux brebis. Mais bientôt le nombre des brebis se trouva si réduit qu’on dut, chaque jour, livrer au dragon une brebis et une créature humaine. On tirait donc au sort le nom d’un jeune homme ou d’une jeune fille ; et aucune famille n’était exceptée de ce choix. Et déjà presque tous les jeunes gens de la ville avaient été dévorés lorsque, le jour même de l’arrivée de saint Georges, le sort avait désigné pour victime la fille unique du roi. Alors ce vieillard, désolé, avait dit : “Prenez mon or et mon argent, et la moitié de mon royaume, mais rendez-moi ma fille, afin que lui soit épargnée une mort si affreuse !” Mais son peuple, furieux, lui répondit : “C’est toi-même, ô roi, qui as fait cet édit ; et maintenant que, à cause de lui, tous nos enfants ont péri, tu voudrais que ta fille échappât à la loi ? Non, il faut qu’elle périsse comme les autres, ou bien nous te brûlerons avec toute ta maison !” Ce qu’entendant, le roi fondit en larmes, et dit à sa fille : […] “Hélas, ma fille, que ne suis-je mort avant ce triste jour !” Alors la jeune fille tomba aux pieds de son père, pour recevoir sa bénédiction ; après quoi, sortant de la ville, elle marcha vers l’étang où était le monstre. Saint Georges, qui passait par là, la vit toute en larmes, et lui demanda ce qu’elle avait. Et elle : “Bon jeune homme, remonte vite sur ton cheval et fuis, pour ne pas mourir de la même mort dont je vais mourir !” Et saint Georges : “Ne crains point cela, mon enfant, mais dis-moi pourquoi tu pleures ainsi, sous les yeux de cette foule qui se tient debout sur les murs ?” […] Alors, la jeune fille lui raconta toute son histoire, et Georges lui dit : “Mon enfant, sois sans crainte, car, au nom du Christ, je te secourrai !” Mais elle : “Vaillant chevalier, hâte-toi de te secourir toi-même, pour ne point périr avec moi ! C’est assez que je sois seule à périr !” Et pendant qu’ils parlaient ainsi, le dragon souleva sa tête au-dessus de l’étang. La jeune fille, toute tremblante, s’écria : “Fuis, cher seigneur, fuis au plus vite !” Mais Georges, après être remonté sur son cheval et s’être muni du signe de la croix, assaillit bravement le dragon qui s’avançait vers lui et, brandissant sa lance et se recommandant à Dieu, il fit au monstre une blessure qui le renversa sur le sol. Et le saint dit à la jeune fille : “Mon enfant, ne crains rien, et lance ta ceinture autour du cou du dragon !” La jeune fille fit ainsi, et le dragon, se redressant, se mit à la suivre comme un petit chien qu’on mènerait en laisse. Mais, en le voyant s’avancer vers la ville, les habitants épouvantés prirent la fuite, bien certains que tous allaient être dévorés. Saint Georges leur fit signe de revenir, et leur dit : “Soyez sans crainte, car le Seigneur m’a permis de vous délivrer des méfaits de ce monstre ! Croyez au Christ, recevez le baptême, et je tuerai votre persécuteur !” Alors le roi et tout son peuple se firent baptiser ; on baptisa, ce jour-là vingt mille hommes ainsi qu’une foule de femmes et d’enfants. Et saint Georges, tirant son épée, tua le dragon, qui fut emporté hors de la ville sur un char attelé de quatre paires de bœufs. Et le roi fit élever, en l’honneur de la sainte Vierge et de saint Georges, une immense église, de laquelle jaillit une source vive dont l’eau guérit toutes les maladies de langueur » (Voragine [1910], pp. 226-228). || 80 găltne : goltne (Miladinovi [1961], № 31), găltne (Miladinovtsi [1861], № 31). || 82 pokray : po kray (Miladinovtsi [1861], № 31), po kray (Miladinovi [1961], № 31). || 115 măzdrak : mazdrak (Miladinovi [1961], № 31), măzdrak (Miladinovtsi [1861], № 31). || 147 so site : sossite (Miladinovi [1961], № 31), so site (Miladinovtsi [1861], № 31). || 155 măzdrakot : mazdrakot (Miladinovi [1961], № 31), măzdrakot (Miladinovtsi [1861], № 31). || 158 piet : piyet (Miladinovi [1961], № 31), piet (Miladinovtsi [1861], № 31).
Source
Miladinovi [1961], № 31.

Traduction inédite

Mise à jour le 9 janvier 2008

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