Chansons populaires bulgares
Bălgarski narodni pesni
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BOG da biet kralya ot Troyana !QUE Dieu confonde le roi de Troyan !
Mi possobral Troyantsi hristyani :Il réunit les chrétiens de Troyan :
« El tchouete, Troyantsi grajdani !« Hé ! écoutez, citadins de Troyan !
Rassipite Boga edinego,Renversez le Dieu unique,
5napichite boga strebrenova. »inscrivez le dieu de l’argent. »
Napissale boga strebrenova.Ils inscrivirent le dieu de l’argent.
Chto mi tekle ou Troyana gradaDans la cité de Troyan, laissaient couler
triesset i tri totchki stoudna voda ;de l’eau fraîche trente-trois robinets ;
tamo fati da mi protetchvitlà-bas, tout d’un coup, se mit à couler
10belo strebro i svitlono zlato ;de l’argent blanc et de l’or brillant ;
to’a za boga moli’a, to’a mi naydo’a.le dieu qu’ils priaient, ils le trouvèrent.
Nim ’i prati kral troyanski,Le roi de Troyan envoya ses sujets,
mi ’i prati pod Troyana grada,il les envoya aux abords de la cité de Troyan,
pod ezero, key globok bounar.aux abords du lac, au puits profond.
15Tamo imat taya voda stoudna ;Là-bas il y avait de l’eau fraîche ;
tamo imat zmia halovita ;là-bas il y avait un serpent ogre ;
na den mou ye po eden taïn ;il exigeait une ration par jour ;
tamo odat troyanski hristyanilà-bas se rendaient les chrétiens de Troyan
da otkoupat vodata so strebro,pour acheter de l’eau avec leur argent,
20so strebro, so jejeno zlato.avec leur argent, avec leur or calciné.
Bog da biet kralya ot Troyana !Que Dieu confonde le roi de Troyan !
Promeni negvoa mila kerka,Il vêtit richement sa chère fille,
negvoa kerka nay-mala Maria ;sa chère fille cadette Maria ;
i napolni djepye i pazou’iil lui remplit les poches et le sein
25so strebro i zlato jejeno ;d’argent et d’or calciné ;
vo rătse ye dade strebren ibrik :il lui mit dans les mains une aiguière argentée :
« Ay ti, kerko, mala Mario !« Ô toi, ma fille, ma petite Maria !
Ti poydi mi kray bounara,Rends-toi au puits,
naley mi ona stoudna voda,remplis l’aiguière avec de l’eau fraîche,
30da otkoupich ti voda so strebro. »achète de l’eau avec l’argent. »
A chto beche devoyka Maria !Mais quelle pieuse fille était Maria !
Se prekărsti, Bogou se pomoli :Elle se signa, elle implora Dieu :
« Deydi, Boje, mene pomoji mi ! »« Ah çà, Dieu, viens à mon secours ! »
I kinissa po beli droumovi,Et elle partit par les blancs chemins,
35i si strete neznaena delia,et elle rencontra un preux inconnu,
delia so konya doria.un preux monté sur un cheval bai.
« Pomoji Bog, Troyanko devoyko !« Que Dieu t’aide, jeune fille de Troyan !
Ako Bog da, kay ke mi ’odich ?Dieu grâce, où te diriges-tu ?
Ya ke hodam pod Troyana grada,— Je me dirige aux abords la cité de Troyan
40da naleam ona stoudna voda. »remplir l’aiguière avec de l’eau fraîche. »
Odgovore neznaen delia :Le preux inconnu répliqua :
« O devoyko, houbava Mario !« Ô jeune fille, belle Maria !
Tamo imat zmia halovita,Là-bas il y a un serpent ogre,
ke zaguinich mlada i zelena !tu périras dans la fleur de l’âge !
45Ya ne soum neznaena delia,Je ne suis pas un preux inconnu,
toukou soum si sveti Gueorguia.mais je suis saint Georges.
Ya ke legnam na tvoï skoutovi,Je me coucherai dans ton giron,
malou pertche da mi priobidich ;tu m’arrangeras un peu la houppe ;
ya soum vreden tebe da otkinam. »je suis capable de te sauver. »
50Pa si sleze ot konyo na zemi,Et il descendit à terre de son cheval,
legna na neydzini skoutovi.il se coucha dans son giron.
Bog da biet zmia halovita !Que Dieu confonde le serpent ogre !
Se dade ot globoko ezero,Il émergea du lac profond,
sama sebe glassovi dade :il parla dans son for intérieur :
55« Heydi, Boje, heyde, mili Boje !« Ah çà, Dieu, ah çà, cher Dieu !
Na den imah samo eden taïn,Je n’avais qu’une ration par jour,
a deneska imam tri tayni ! »mais aujourd’hui j’ai trois rations ! »
I chto beche houbava devoyka !Et que la jeune fille était belle !
Ya dogleda zmia halovita,Quand elle aperçut le serpent ogre,
60na devoyka techko jal i padna,le chagrin accabla péniblement la jeune fille,
ot jalosti taya ne mi skorna,par pitié elle ne réveilla pas,
ne skorna svetago Gueorguiaelle ne réveilla pas saint Georges
i porona soldzi po obrazi ;et elle baigna son visage de larmes ;
padnaha soldzi na obrazo negov,des larmes tombèrent sur le visage du preux,
65ot jalosti soldzi g’ izgoreha.des larmes brûlantes de chagrin.
I si stana sveti Gueorguia,Et saint Georges se releva,
izgovore na troyanska devoyka :il parla à la jeune fille de Troyan :
« O devoyko, houbava Mario !« Ô jeune fille, belle Maria !
Chto mi ronich tie drobni soldzi ? »Pourquoi verses-tu ces fines larmes ? »
70Izgovore Troyanka devoyka :La jeune fille de Troyan parla :
« Bratou moï, sveti Gueorguia !« Mon frère, saint Georges !
Opouli se po beli droumovi,Tourne ton regard vers les blancs chemins,
chto mi idet hala haletina,voilà que le dragon ogre s’en vient,
chto govorit zmia halovita :voilà que le serpent ogre parle :
75Na den imah ya po eden taïn,“Jusqu’à présent j’avais une ration par jour,
a deneska imam tri tayna.” »mais aujourd’hui j’ai trois rations.” »
Se opouli sveti Gueorguia,Saint Georges tourna son regard,
ya dogleda zmia halovita.il aperçut le serpent ogre.
Al mou velit Troyanka devoyka :Hé ! la jeune fille de Troyan lui dit :
80« Sega nie, brate, zaguinahme ! »« Maintenant, mon frère, nous avons péri ! »
A chto beche sveti Gueorguia !Et dans quel état était saint Georges !
Se ouplachi sveti Gueorguia,Saint Georges prit peur,
pa si sleze sam eden Gospod :alors le Seigneur unique descendit vers lui :
« Al Me tchouech, sveti Gueorguia ! »,« Hé ! écoute-Moi, saint Georges ! »,
85veli sam edini Gospod,lui dit le Seigneur unique,
« a izvadi strela ot poyassa,« sors donc une flèche de ta ceinture,
farli na zmia halovita ;décoche-la contre le serpent ogre ;
moje i Yas na pomocht da doydam. »il se peut que Je vienne aussi en aide. »
I chto beche sveti Gueorguia,Et dans quel état était saint Georges,
90pa istărgna strela ot poyassamais il sortit une flèche de sa ceinture
i fărli na zmia halovita,et il la décocha contre le serpent ogre,
ya pogodi meguyou tsărni otchiil la ficha entre ses yeux noirs
i si koutna zmia halovita,et il culbuta le serpent ogre,
i si yavna konya doriega,et il monta sur son cheval bai,
95pa velit na Troyanka devoyka :et il parla à la jeune fille de Troyan :
« Odi pred mene, pred konya. »« Marche devant moi, devant mon cheval. »
S sebe zede zmia halovita,Il prit avec lui le serpent ogre,
pa ya vărza s drobnago sindjiraet il l’attacha avec une fine chaîne,
i velit sveti Gueorgui na konya :et saint Georges parla au cheval :
100« Ali tchouech, konye dorie,« Hé ! écoute, mon cheval bai,
si fatihme zmia halovita,nous avons attrapé le serpent ogre,
vletchi, konye, sega da se vletchi ! »tire, mon cheval, c’est le moment de tirer ! »
I kinissa po beli droumo’i.Et il partit par les blancs chemins.
Koga doyde ou Troyana grada,Quand il arriva dans la cité de Troyan,
105koga gledat Troyantsi hristyani,quand les chrétiens de Troyan l’aperçurent,
gui prifati treska trigodichna :ils contractèrent une fièvre de trois années :
« Eydi, Boje, spolay mi Ti Tebe !« Ah çà, Dieu, nous Te rendons grâce !
Otkoga se Troyan zagradilo,Depuis la fondation de Troyan,
vakva hala ne beche ni dochla ! »un tel ogre n’était jamais venu ici ! »
110Pa si hodit sveti Gueorguia,Et saint Georges alla,
pa si hodit po Troyana grada,et il alla à travers la cité de Troyan,
pa si sleze ot konya na zemiet il descendit à terre de son cheval,
i si prakya devoyka Maria :et il envoya la jeune fille Maria :
« O devoyko, houbava Mario !« Ô jeune fille, belle Maria !
115Ti da poydich ou vachi dvorye,Va dans votre cour,
haber ti stori na tvoï tatko. »annonce la nouvelle à ton père. »
Si otide na svoï dvorovi,Elle alla dans leur cour,
pa govori ona na tatka si :et elle parla à son père :
« Al me tchouech, moï stari tatko !« Hé ! écoute-moi, mon vieux père !
120Doyde eden neznaen deliaUn preux inconnu est arrivé
i te vikat toy kay nego. »et il t’appelle auprès de lui. »
Pa kinissa toy kral Latin,Et le roi Païen se mit en route,
pa otide kay sveti Gueorguia :et il alla auprès de saint Georges :
« Dobre doyde, neznaen delia !« Bienvenue, preux inconnu !
125Dobre naydoh, krale Latinine !— Enchanté, roi Païen !
Ako sakach, ya da mi ti da’am,— Si tu veux, je te donnerai,
da ti da’am moya mila kerka ! »je te donnerai ma chère fille ! »
Izgovore sveti GueorguiaSaint Georges parla
na onega kralya Latinego :à ce roi Païen :
130« Kyouti, Latin, ousta da ti kapnit,« Tais-toi, Païen, que ta bouche pourrisse,
ne zborouvay ti takvi retchovi !ne prononce pas de telles paroles !
Ya ne soum ti nekoï delia,Je ne suis pas un quelconque preux,
toukou ya soum eden anguel boji,mais je suis un ange divin,
anguel boji, sveti Gueorguia.un ange divin, saint Georges.
135Ali gledach hala haletina !Hé ! vois le dragon ogre !
Da soberich Troyantsi hristyani,Réunis les chrétiens de Troyan,
da razsipich boga strebrenago,renverse le dieu de l’argent,
da napichich Boga edinago,inscris le Dieu unique,
oti gledach strachna haletina,car vois-tu l’ogre effroyable,
140ako pouchtam zmia haletina,si je relâche ce serpent ogre,
tri păti grado ke preopatchit,trois fois il mettra votre ville sens dessus dessous,
jiva doucha ot vas ne ostavat. »il ne restera pas une âme vivante parmi vous. »
Izgovore toy kral Latin :Le roi Païen parla :
« Prosti mene, sveti Gueorguia ! »« Pardonne-moi, saint Georges ! »
145Se sobraha hristyani Troyantsi,Les chrétiens de Troyan se réunirent,
razsipaha boga strebrenago,ils renversèrent le dieu de l’argent,
napra’iha Boga edinega.ils rétablirent le Dieu unique.
I chto tekle triesset i tri tchechmiEt les trente-trois fontaines qui laissaient couler
tchisto strebro i jejeno zlatode l’argent fin et de l’or calciné
150presseknaha i mi protekoha,tarirent et à nouveau elles laissèrent couler,
protekoha taya stoudna voda.elles laissèrent couler de l’eau fraîche.
Ottogay pesna ostanala.Cette chanson nous est restée depuis.
Notes et variantes
46 saint Georges : « Georges était originaire de Cappadoce, et servait dans l’armée romaine, avec le grade de tribun. Le hasard d’un voyage le conduisit un jour dans les environs d’une ville de la province de Libye, nommée Silène. Or, dans un vaste étang voisin de cette ville habitait un dragon effroyable qui, maintes fois, avait mis en fuite la foule armée contre lui, et qui, s’approchant parfois des murs de la ville, empoisonnait de son souffle tous ceux qui se trouvaient à sa portée. Pour apaiser la fureur de ce monstre et pour l’empêcher d’anéantir la ville tout entière, les habitants s’étaient mis d’abord à lui offrir, tous les jours, deux brebis. Mais bientôt le nombre des brebis se trouva si réduit qu’on dut, chaque jour, livrer au dragon une brebis et une créature humaine. On tirait donc au sort le nom d’un jeune homme ou d’une jeune fille ; et aucune famille n’était exceptée de ce choix. Et déjà presque tous les jeunes gens de la ville avaient été dévorés lorsque, le jour même de l’arrivée de saint Georges, le sort avait désigné pour victime la fille unique du roi. Alors ce vieillard, désolé, avait dit : “Prenez mon or et mon argent, et la moitié de mon royaume, mais rendez-moi ma fille, afin que lui soit épargnée une mort si affreuse !” Mais son peuple, furieux, lui répondit : “C’est toi-même, ô roi, qui as fait cet édit ; et maintenant que, à cause de lui, tous nos enfants ont péri, tu voudrais que ta fille échappât à la loi ? Non, il faut qu’elle périsse comme les autres, ou bien nous te brûlerons avec toute ta maison !” Ce qu’entendant, le roi fondit en larmes, et dit à sa fille : […] “Hélas, ma fille, que ne suis-je mort avant ce triste jour !” Alors la jeune fille tomba aux pieds de son père, pour recevoir sa bénédiction ; après quoi, sortant de la ville, elle marcha vers l’étang où était le monstre. Saint Georges, qui passait par là, la vit toute en larmes, et lui demanda ce qu’elle avait. Et elle : “Bon jeune homme, remonte vite sur ton cheval et fuis, pour ne pas mourir de la même mort dont je vais mourir !” Et saint Georges : “Ne crains point cela, mon enfant, mais dis-moi pourquoi tu pleures ainsi, sous les yeux de cette foule qui se tient debout sur les murs ?” […] Alors, la jeune fille lui raconta toute son histoire, et Georges lui dit : “Mon enfant, sois sans crainte, car, au nom du Christ, je te secourrai !” Mais elle : “Vaillant chevalier, hâte-toi de te secourir toi-même, pour ne point périr avec moi ! C’est assez que je sois seule à périr !” Et pendant qu’ils parlaient ainsi, le dragon souleva sa tête au-dessus de l’étang. La jeune fille, toute tremblante, s’écria : “Fuis, cher seigneur, fuis au plus vite !” Mais Georges, après être remonté sur son cheval et s’être muni du signe de la croix, assaillit bravement le dragon qui s’avançait vers lui et, brandissant sa lance et se recommandant à Dieu, il fit au monstre une blessure qui le renversa sur le sol. Et le saint dit à la jeune fille : “Mon enfant, ne crains rien, et lance ta ceinture autour du cou du dragon !” La jeune fille fit ainsi, et le dragon, se redressant, se mit à la suivre comme un petit chien qu’on mènerait en laisse. Mais, en le voyant s’avancer vers la ville, les habitants épouvantés prirent la fuite, bien certains que tous allaient être dévorés. Saint Georges leur fit signe de revenir, et leur dit : “Soyez sans crainte, car le Seigneur m’a permis de vous délivrer des méfaits de ce monstre ! Croyez au Christ, recevez le baptême, et je tuerai votre persécuteur !” Alors le roi et tout son peuple se firent baptiser ; on baptisa, ce jour-là vingt mille hommes ainsi qu’une foule de femmes et d’enfants. Et saint Georges, tirant son épée, tua le dragon, qui fut emporté hors de la ville sur un char attelé de quatre paires de bœufs. Et le roi fit élever, en l’honneur de la sainte Vierge et de saint Georges, une immense église, de laquelle jaillit une source vive dont l’eau guérit toutes les maladies de langueur » (Voragine [1910], pp. 226-228). || 108 otkoga : ot koga (Miladinovtsi [1861], № 38), ot koga (Miladinovi [1961], № 38). || 152 ottogay : ot togay (Miladinovtsi [1861], № 38), ot togay (Miladinovi [1961], № 38).
Source
Miladinovi [1961], № 38.

Traduction inédite

Mise à jour le 12 août 2008

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