| Я | НИЧАРИ ходят, мамо, | L | ES janissaires vont, maman, |
| от село на село, | de village en village, |
| мъжки рожби вземат, мамо, | ils prennent les enfants mâles, maman, |
| яничари правят. | ils en font des janissaires. |
| 5 | Взели кого взели, мамо, | Ils prirent ceux qu’ils prirent, maman, |
| взели и Стоила, | ils prirent aussi Stoïl, |
| а Стоил си беше, мамо, | or Stoïl était, maman, |
| едничък на майка. | l’unique enfant de sa mère. |
3 ils prennent les enfants mâles : « En ce temps, le sultan choisissait beaucoup de jeunes garçons, il les ravissait de force […] et il les enrôlait au nombre des jeunes janissaires turcs. Et ainsi, les chrétiens se livraient aux pleurs et aux soupirs. Premièrement, ils pleuraient la perte de leur royaume, et deuxièmement, celle de leurs enfants chéris. Ah, grande douleur et affliction ! […] Et on enlevait de ces enfants chrétiens jusqu’à douze mille, et parfois jusqu’à vingt mille âgés de 5 à 10 ans […] On les habille tous de vêtements neufs aux frais du sultan, on les tond et on donne à chacun un chapeau jaune […] On les conduit comme du bétail et on les emmène en des lieux où le sultan possède des sérails, c’est-à-dire des palais. Ici on les circoncit. […] Ensuite le sultan ordonne qu’on leur enseigne à l’école tout l’art militaire, le combat et l’art équestre. […] On les force à renier leur foi, à labourer, à semer et à se torturer le plus possible, pour qu’ainsi domptés ils soient modestes, robustes et soumis. […] Le sultan leur prodigue des soins particuliers, il leur accorde toute sorte de bénéfices, il leur permet de manger et de boire à sa table et il leur montre l’amour d’un père envers ses enfants. De leur côté, à cause de cette sienne disposition, ils sont prêts à sacrifier leur vie pour le sultan. […] Et ils sont tellement égarés qu’ils font outrage aux chrétiens — et même à leurs propres parents, leurs propres père et mère, qu’ils tuent plus sauvagement que des Sarrasins. Les janissaires sont des gens sans scrupules, rusés et extrêmement méchants. […] Ces gens n’estiment point l’honneur, car eux-mêmes ne le possèdent pas. […] Semblables à des chiens atteints de la rage, ils nourrissent toujours une haine inapaisable et mortelle envers leurs compatriotes. […] Voilà comment les petits garçons, arrachés de force aux mains de leurs pères et de leurs mères, transformés en une terrible force armée et fanatique, devenaient non seulement un appui de l’autorité ottomane, mais aussi des oppresseurs de leur propre peuple. […] La chanson “Les janissaires vont, maman” nous renvoie à cette transformation du petit Bulgare en un tyran endurci » (
Геронтиев [2003], pp. 40-42).