| Щ | О ми е мило и драго, | Q | U’IL m’est agréable et doux, |
| че са е пролет пукнала ! | que le printemps soit éclos ! |
| Се е излезло на трева, | Tout est sorti sur l’herbe, |
| и стока, маре, и мака : | et le bétail, et le cheptel : |
| 5 | сиви говеда в гората, | des bovins gris dans la forêt, |
| врани коньове в полето, | des chevaux moreaux dans la plaine, |
| на илядници овчици | des petites brebis par milliers |
| и на стотини козици. | et des petites chèvres par centaines. |
| Сичко е живо и здраво, | Tout est sain et sauf, |
| 10 | сичка е стока весела, | tout le bétail est joyeux, |
| сичко на паша тръгнало… | tout se dirige vers le pacage… |
| Орач ми оре в полето | Un laboureur dans la plaine laboure |
| полските рамни рудини, | les ras pâturages des champs, |
| рудини, цали цалини, — | les pâturages, les terres vierges, — |
| 15 | два му волове ангели, | ses deux bœufs sont des anges, |
| стратурково му ралото, | son araire est d’amarante, |
| босилкови му жеглите ! | ses chevilles sont de basilic ! |
| Босильок млого мерише, | Le basilic sent bon, |
| та сичко живо сабуди, | et il a réveillé tout le monde, |
| 20 | сичките живи животни. | tout le monde animal. |
| Сите по него пойдоа, | Tous de suivre son parfum, |
| сите се Богу молеа : | tous de prier Dieu : |
| « Я дай ни, Боже, я дай ни | « Donne-nous, Dieu, donne-nous |
| тая година най-добра | en cette année la meilleure |
| 25 | на сички здраве и живот, — | à tous — santé et longue vie, — |
| орачу добар берекет ! » | au laboureur — bonne prospérité ! » |
1 Qu’il m’est agréable et doux : « La jovialité, la foi en la vie, l’ivresse lyrique du printemps, qui a ressuscité toute la nature et l’homme en vue du travail, de la joie et du bonheur, sont exprimées dans la merveilleuse chanson de la St-Lazare de la région de Sofiya “Qu’il m’est agréable et doux” — une des plus belles œuvres de toute la poésie bulgare. Le paysage dans cette chanson est vraiment magnifique : on dirait que le printemps est venu soudainement — il est éclos, comme éclosent les boutons d’une fleur. Il est agréable et doux au chanteur de voir comment tout est sorti “sur l’herbe” : des bovins gris dans la forêt, des chevaux moreaux dans la plaine, des petites brebis par milliers et des petites chèvres par centaines. Et tout le bétail est joyeux. Pour exprimer son rapport émotionnel envers la nature ressuscitée, le chanteur se sert de diminutifs (petites brebis, petites chèvres), il recrée le monde dans un idéalisme poétique émouvant. Au milieu de ce paysage jovial se dessine l’image du laboureur qui laboure. Ses deux bœufs sont des anges (l’idéalisation se poursuit), son araire est d’amarante (sorte de plante) et les chevilles sont de basilic. Le basilic sent si bon qu’il réveille tout le monde à la vie. Et voilà que les animaux partent prier Dieu que l’année soit la meilleure, qu’il y ait santé et longue vie pour tous et bonne prospérité pour le laboureur. La bonne humeur printanière de la terre régénérée est rendue avec une remarquable parcimonie de moyens d’expression, avec une sincère émotion, avec un sentiment immédiat sur la vie, sur la nature, sur l’homme et sur le monde. D’où provient le sens vital profond de la chanson ? Sans doute, de l’observation de la nature, dans laquelle se produisent d’énormes transformations, du travail, qui crée le lien entre la nature et l’homme. Dans cette chanson, comme dans beaucoup d’autres chansons printanières, nous découvrons encore une chose — un sentiment de la beauté de la nature ; et celui-ci naît du travail — à travers le travail se réveille l’amour envers la beauté de la terre natale. Dans cette chanson le poète populaire s’est élevé au rang d’un vrai et inspiré poète-peintre, qui connaît et comprend parfaitement l’âme du peuple et exprime merveilleusement ses aspirations et ses joies. L’idéalisation poétique n’écarte pas les traits réalistes de la réalité rurale bulgare — nous la sentons dans chaque ligne. Cette courte chanson, écrite dans un bref mètre, comme l’écrasante majorité des chansons printanières, imprégnée d’un lyrisme simple, mais naturel et immédiat, témoigne de la grande habileté artistique de la collectivité, manifestée à travers les chanteurs populaires anonymes » (
Динеков [1972], pp. 315-316).