Chansons populaires bulgares
Bălgarski narodni pesni
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Accueil } Tsitselkova, Chansons populaires bulgares de Koprivchtitsa } Dimo le petit Monténégrin se trouve une épouse [1]
TRĂGNAL mi ye Dimo TchernogortcheDIMO le petit Monténégrin partit
da si diri lika i prilika,se chercher une digne moitié,
ta ye odil Dimo devet godin,et Dimo marcha pendant neuf années,
obikolil zemya do krayninail parcourut la terre jusqu’à ses confins —
5ne nameri lika i prilika.il ne trouva pas de digne moitié.
Toy sa fărli v grada Belonemska,Il passa dans la ville de Belonemska,
tam greyeha do tri yasni slăntsa :là-bas rayonnaient trois clairs soleils :
părvoto be slăntse na nebeto,le premier, c’était le soleil au ciel,
ftoroto be beztsyano kamătche,le second, c’était une pierre précieuse,
10a tretyouto tsarskoto momitcheet le troisième, c’était la fille du roi —
to be Dimo lika i părlika.elle était une digne moitié pour Dimo.
Pouiska go i dadouha mou go.Il la demanda et ils la lui donnèrent.
Zapif pravi, zlaten prăsten meni,Il fit des fiançailles, il mit au doigt une bague d’or,
isprachta go mominata mayka :la mère de la jeune fille le raccompagna :
15« Idi s Bogom, Dimo Tchernogortche,« Adieu, Dimo le petit Monténégrin,
i po-skoro za svadba da dodech !et reviens au plus vite pour les noces !
Da ne dodech săs pestotin douchiNe reviens pas avec cinq cents personnes —
che gui vărnem văf triysse konaka,nous les renverrons à leurs trente postes,
nay da dodech s tri iledi douchimais reviens avec trois mille personnes
20’se hatliye i ’se măjdrakliyetoutes montées et toutes armées de lances —
da ti youdam lika i părlika ! »alors je te donnerai ta digne moitié ! »
Chto potropa Dimo na portite,Et Dimo frappa aux portes de sa maison,
Dimovata mayka na dvor sedila mère de Dimo était assise dans la cour,
ta tchisteche bach byala tchenitsa,et elle nettoyait du froment tout blanc,
25tche chtyala si Dimo pomenouva.car elle allait commémorer son Dimo.
Tăkmo sega tseli deved godinDepuis maintenant neuf années entières
otkak Dimo ne se ye zavărnal.Dimo n’était pas rentré chez lui.
Koutou vidya neyn sinko Dimo,Lorsqu’elle vit son cher fils Dimo,
pregărna go, f ousta go tselouna :elle l’étreignit, elle l’embrassa sur la bouche :
30« Tche de odich, mama, devet godin« Mais où étais-tu allé, fiston, pendant neuf années —
tya ta mayka jalya i prejalya ! »ta mère t’avait plaint puis s’était résignée à ta mort ! »
Dimo maytsi tihom otgovarya :Dimo répond doucement à sa mère :
« De ma pitach, mamo, chte ti kaja,« Ce que tu me demandes, mère, je te le dirai,
tche ye odil sin ti deved godin,ton fils a marché pendant neuf années
35ta ye diril lika i părlika,pour se chercher une digne moitié,
ta obidoh zemya do krayninaet j’ai parcouru la terre jusqu’à ses confins
i sa fărlih v grada Belonemska,et je suis passé dans la ville de Belonemska,
tam namerih lika i părlikalà-bas j’ai trouvé une digne moitié —
pouiskah go i dadouha mi go.je l’ai demandée et ils me l’ont donnée.
40Zapif pravih, zlaten prăsten menih.J’ai fait des fiançailles, j’ai mis au doigt une bague d’or.
Isprachta ma mominata maykaLa mère de la jeune fille m’a raccompagné
i zarătcha za svadba da idem,et a commandé que nous venions pour les noces,
da zaveda tri ilyadi douchique j’amène trois mille personnes —
’se hatliye i ’se măjdrakliye.toutes montées et toutes armées de lances.
45Ako ida s pet-chestotin douchi,Si je viens avec cinq-six cents personnes,
chte gui vărne văf triysse konakaelle les renverra à leurs trente postes —
de da zema tri ilyadi douchi ? »où prendrai-je trois mille personnes ? »
Mama Dimo tihom otgovarya :La mère répond doucement à Dimo :
« Syaday, Dimo mayka, da vetcheryach,« Assieds-toi, fiston Dimo, pour souper,
50pa napichi enna byala kniga,puis écris une lettre blanche,
chte ya pratim na vouytcho ti Marko —nous l’enverrons à ton oncle Marko —
f Prilep grada ach chte ya zanessa.je la lui apporterai dans la ville de Prilep.
Toy chte dode pobachtim da băde,Il viendra pour être ton compère,
chte dovede tri iledi douchi. »il amènera trois mille personnes. »
55Chou napissa Dimo byala kniga,Et Dimo écrivit une lettre blanche,
isprachta ya Marko Kralyoviti,il l’envoya au Prince Marko,
da ya nossi pile sakolina.il la fit porter par un oiseau faucon.
Chto sa viye pile tri ’ni i tri nochti,Et l’oiseau tournoya trois jours et trois nuits,
chto sa viye na Markovi dvoriet il tournoya au-dessus de la cour de Marko —
60nitou kniga pouchta, nitou samo sliza.ni il ne lâcha la lettre, ni il ne se posa.
Săgleda go Markovata mayka,La mère de Marko l’aperçut,
tya na Marko tihom progovarya :elle parla doucement à Marko :
« Izlyas, Marko, vănka na dvorove« Sors, Marko, dehors dans la cour
da si vidich pile sakolina !pour voir l’oiseau faucon !
65F ousta dărji enna bela knigaDans son bec il tient une lettre blanche —
ni si kniga pouchta, ni ti pile sliza. »ni il ne lâche la lettre, ni il ne se pose. »
Ga izleze Marko na dvoroveQuand Marko sortit dans la cour
i si senna tourski na zemyata,et s’assit à la turque par terre,
tougas sleze pile sakolinaalors l’oiseau faucon se posa
70ta si klekna Marko na ramena,et se percha sur l’épaule de Marko,
podade mou taa bela kniga.il lui tendit cette lettre blanche.
Marko kniga tchete, pot moustak sa smeye ;Marko lit la lettre et rit sous cape ;
na mayka si tihom progovarya :il parle doucement à sa mère :
« Mamo, mamo, stara moya mamo,« Mère, mère, ma vieille mère,
75godil sa ye Dimo Tchernogortche,Dimo le petit Monténégrin s’est fiancé,
kalesva ma pobachtim da ida,il m’invite aux noces pour être compère,
da zaveda tri ilyadi douchi. »pour amener trois mille personnes. »
Mama Markou tihom otgovarya :La mère répondit doucement à Marko :
« Dourde, mama, kniga ti protchetech,« Le temps, fiston, que tu finisses de lire la lettre,
80chte kalessam tri ilyadi douchi. »je réunirai trois mille personnes. »
Nadodoa Marko na dvorove.Ils vinrent en foule dans la cour de Marko.
Povede gui Marko Kralyoviti,Le Prince Marko se mit à leur tête,
ta outiva v Dimovi na dvoriet il se rend dans la cour de Dimo —
posryachta gui Dimo TchernogortcheDimo le petit Monténégrin les accueille
85i syakimou to răka tselouva.et à chacun il baise la main.
Koutou vidya Marko Kralyoviti,Quand il vit le Prince Marko,
poklon pravi, răka mou tselouva.il lui fait révérence, il lui baise la main.
Povede gui Dimo Tchernogortche.Dimo le petit Monténégrin se mit à leur tête.
Izminaha zemya do kraynina,Ils traversèrent la terre jusqu’à ses confins,
90fărliha se v grada Belonemska —ils passèrent dans la ville de Belonemska —
tam lăsnaha tiya zlatni slăntsa.là-bas brillaient ces clairs soleils.
Otgovarya Marko Kralyoviti :Le Prince Marko parle :
« Ey ta tebe, Dimo Tchernogortche,« Eh ! toi, Dimo le petit Monténégrin,
kvo ye tova lika i părlikaquelle est cette digne moitié dont tu parlais —
95da ne si ye nyachto na pomama ?ne serait-ce pas quelque tromperie ?
Ya poglenni, be vouytcho le Marko,— Jette donc un coup d’œil, oncle Marko,
gore do tri tia yasni slăntsa :là-haut sur ces trois clairs soleils :
părvoto ye slăntse na nebessa,le premier, c’est le soleil au ciel,
ftoroto ye beztsyano kamătche,le second, c’est une pierre précieuse,
100a tretoto tsarskoto momitcheet le troisième, c’est la fille du roi —
to ye mene lika i părlika ! »elle est ma digne moitié ! »
Koutou vidya Marko beztsyano kamătche,Quand Marko vit la pierre précieuse,
toy na Dimo tihom progovarya :il parla doucement à Dimo :
« Tebe davam pet-chestotin douchi,« Je te donne les cinq-six cents personnes,
105ta si ouvlyas ou momini dvori,entre donc dans la cour de la jeune fille,
ta si zemi tsarskoto momitche.prends donc la fille du roi.
As obsajdam grada BelonemskaQuant à moi, j’assiégerai la ville de Belonemska
da otnimam beztsyano kamătchepour enlever la pierre précieuse —
to ye păk men lika i părlika. »elle est pour moi une digne moitié. »
110Primoli sa Dimo Tchernogortche :Dimo le petit Monténégrin supplia instamment :
« Nedey, vouytcho, tova da napravich,« Ne fais pas cela, oncle,
a da flezem văf momini dvori,allons ! entrons dans la cour de la jeune fille,
da si zemem tsarskoto momitcheprenons la fille du roi —
yach chta na tep na pomocht da bădă,ensuite je te viendrai en aide
115da otnemem beztsyano kamătche. »pour enlever la pierre précieuse. »
Posloucha go Marko Kralyoviti,Le Prince Marko l’écouta,
ta flyazouha văf momini dvori.et ils entrèrent dans la cour de la jeune fille.
Posrechtna gui mominata maykaLa mère de la jeune fille les accueillit —
prigotvila tri taligui darba,elle avait préparé trois chariots d’offrandes,
120nared dari koumou chto părlitcha.elle fit à chacun l’offrande qui convenait.
Koutou vidya Marko Kralyoviti,Quand elle vit le Prince Marko,
ta go dari z beztsyano kamătche.elle lui fit offrande de la pierre précieuse.
Notes et variantes
15 s Bogom : sbogom (BAN [1953a], № 5). || 24 du froment tout blanc : « Sans froment bouilli, il est impossible d’accomplir aucun rite, aucune cérémonie religieuse, aucun enterrement » (Marinov [2003a], p. 87). « Outre les plats et les pains, lors d’un office, on prépare aussi du blé bouilli. Ce blé bouilli s’appelle kolivo ou koutchya. Le blé en question est un froment pur, préparé exprès pour le kolivo. […] Tandis que les jeunes filles procèdent à l’enterrement, les autres femmes préparent le repas funèbre : elles confectionnent des plats, elles pétrissent et cuisent du pain, elles font bouillir du kolivo, etc. Lorsque les jeunes filles reviennent de l’enterrement, tous s’assoient devant la table dressée, mangent et boivent pour le salut de l’âme du défunt » (Marinov [2003b], pp. 418 ; 445). || 51 Marko : « ici il faut souligner que les chansons sur le Prince Marko et sur les autres preux — princes et seigneurs féodaux d’autrefois — surgissent, se chantent et se répandent à l’époque de l’esclavage turc, alors que les coups du tyran et exploiteur étranger s’abattent sur les masses populaires, et rendent misérable la vie du peuple. […] Subissant l’oppression étrangère et luttant pour l’amélioration de son sort, le peuple est enclin à idéaliser tout ce qui est bulgare, l’État bulgare d’autrefois, et jusqu’aux seigneurs féodaux bulgares d’autrefois. […] La figure de Marko absorbe quantité de traits des héros des chansons épiques avant le XIVe siècle, elle éclipse les figures de ses contemporains, elle s’impose à la mémoire populaire pour des siècles entiers. Les grands bouleversements dans la vie des peuples balkaniques dans la deuxième moitié du XIVe siècle aiguisent la conscience historique des masses populaires, ils posent de façon catégorique la question de la lutte contre le joug étranger, ils soulèvent la nécessité d’un appui dans le souvenir de la gloire et du courage d’autrefois, d’une incarnation des aspirations patriotiques dans les portraits héroïques du passé » (Dinekov [1972], pp. 420 ; 454).
Source
BAN [1953a], № 5.

Traduction inédite

Mise à jour le 9 juillet 2008

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